Chapitre 3 : La rencontre

Cela fait maintenant une vingtaine de minutes que je suis dans le bus, assis à l’arrière. Le chemin me paraît interminable et à travers la vitre, je découvre un paysage oublié. Ça fait des siècles que je n’ai pas emprunté les transports en commun. Le bus est presque vide : sans bruit, je me sens bien. C’est l’endroit idéal pour rêvasser et lâcher prise. La tête posé contre la vitre, je ferme les yeux. Un léger courant d’air se fait sentir et me procure un sentiment de liberté. J’ai envie de me laisser aller, de me laisser surprendre. Je me concentre sur ma respiration, la musique m’aide à me détendre. J’ai enfin réussi à apaiser mon coeur… Le bus s’arrête et mes yeux s’entrouvrent. Je constate que je suis bientôt arrivé. Le terminus n’est plus qu’à quelques minutes. À cet arrêt, plusieurs personnes montent à bord. Et parmi elles, une retient mon attention car elle est aussi rare qu’une éclipse. Étant dans l’incapacité de dissimuler mon émoi, j’ai l’air con face à elle. Son regard se pose sur moi pendant que ses lèvres pulpeuses affichent un léger sourire. M’est-il adressé ? M’aurait-elle remarquée ? Assis dans ce bus, je suis tout ce qu’il y a de plus insignifiant…Tout ce qu’elle n’est pas. Je tremble des pieds car je sens mes tempes s’humidifier. Est-ce le stresse ou la chaleur ? Je me sens vraiment con, j’espère qu’elle n’y voit que du feu. Elle se dirige vers l’arrière du bus tout en ne me quittant pas du regard. Elle me déstabilise, j’ai l’impression que ses yeux me défient. Sa démarche lente me laisse le temps de la dévisager et d’examiner son corps. Elle me plaît putain ! Elle porte des talons qui laissent apparaître une pédicure parfaite. Autour de cheville gauche est attaché un bijou en or. Ses jambes longues et musclées laissent deviner une silhouette athlétique. Sa peau ébène est lumineuse dû aux paillettes qui recouvrent son corps. Elle est vêtue d’une petite robe noire. Suffisamment prêt du corps pour que l’on distingue ses larges hanches et sa fine taille.

Ses lèvres rouges sang me donnent envie de lui voler un baiser. Elle me fixe toujours, elle me provoque du regard. Ça y est, elle a compris. Elle sait qu’elle me plaît. Elle choisit de s’asseoir derrière moi. WHAT THE F**K? Je soupire de frustration. Les épaulent tombantes, je me demande comment je vais faire pour continuer  la contempler. Une vague d’interrogations me submerge. Si elle était vraiment intéressée par moi, elle aurait choisit une place assise de laquelle nos regards auraient pu se dévorer, non ? Mais au lieu de ça, elle choisit de ne pas me voir. Ma frustration laisse place au doute. L’envie de lui adresser quelques mots me brûlent les lèvres. Dépité et le regard mort, je suis jaloux de ses yeux car ils voient ce qui ce que je vois pas. À quoi penses-tu ? Sur quoi t’attardes-tu ? Et ce sourire sur lèvres en entrant, m’était-il destiné ?  J’ai envie de me retourner et de lui demander directement pourquoi elle ne m’accorde pas plus d’attention. Mais si je le faisais, elle comprendrait bien trop rapidement à quel point j’suis un garçon passionné et capricieux. 

Le truc qui me fait chier le plus quand je rencontre une fille c’est cette question de timing. Si je vais trop vite, elles prennent peur. Et quand la relation évoluent lentement, elles se lassent… Que faire ? Elle me donne envie de jouer. Et qu’en dira-t-on ? Un amour en noir et jaune, est-ce possible… ? 

– « TERMINUS » annoncele chauffeur. « Tout le monde descend ! »

Je n’ai même pas eu le temps d’éteindre mon casque et de ramasser mon sac au sol qu’elle était déjà partie… La voir descendre de ce bus, s’éloigner de moi sans même que je n’ai eu le temps de…

 J’aurais dû passer à l’action et moins réfléchir. C’est tout moi ça, être paralysé par mes doutes. Je regrette tellement mais je me console rapidement en me disant qu’elle si elle n’était pas descendue avant moi, je n’aurais pas pu la voir de dos… Au moins, maintenant, je sais à quoi m’attendre. Et comment vous le dire poliment…? Pourvu qu’elle devienne mienne!

Il est 15h52 et me voilà frustré, pour ne pas changer. J’entre dans ce foutu café. Mon dieu, je réalise à quel point cet endroit m’avait manqué. Quand j’étais petit, ma mère et moi venions souvent ici. Nous discutions comme deux meilleurs amis. Je m’assois par nostalgie à notre emplacement favoris. Qui était-elle ? Et ce sourire, m’était-il offert ?  Je retire ma doudoune et mon bonnet.  Puis, je me mets à penser à cette fille. Je me sens à la fois excitée et apeuré. Je crains de ne plus jamais la croiser. J’aurais dû saisir ma chance tant qu’il était encore temps. Je ferme les yeux afin de mieux la revoir, je ne cesse de rejouer cette scène : celle de notre rencontre. J’élabore des scenarii différents. 

 Scenario n°1

Elle monte dans le bus et se dirige vers moi. Elle me sourit et engage la conversation. Nous discutons jusqu’au terminus puis nous nous échangeons nos numéros de téléphone.

Scenario n°2 

Elle monte dans le bus, se dirige vers l’arrière. Je me lève de ma place pour être à ses côtés. D’abord surprise puis emballée, elle me sourit puis nous entamons la discussion. Je lui révèle qu’elle me plaît et que j’aimerais la revoir. Flattée, elle me donne son numéro. Avant de nous quitter, nous planifions un date.

Scenario n°3 

Elle monte dans le bus et m’embrasse.

Putain, ouais, c’est comme ça que ça aurait dû se passer, en fait. C’est évident qu’elle aurait dû m’embrasser après m’avoir sourit. Elle aurait dû se jeter sur moi et se donner à moi. Ouep, c’est clairement ça comme qu’elle aurait dû réagir. Je l’aurais laissé hein… Après tout, j’aime les femmes entreprenantes : celles qui osent. Plus sérieusement, penser à elle me cause plus de peine que de joie. 

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« Bonjour petit coeur. »

Jaebeom sursauta en entendant la voix de sa mère. Il avait presque oublié pourquoi il s’était rendu dans ce café. Perdu dans ses pensées, il avait presque oublié qu’il devait rencontrer sa mère, la revoir.

« Excuse-moi, je ne voulais pas t’effrayer. À quoi pensais-tu ? » dit-elle intriguée. « Ça avait l’air intense. »

Jaebeom garde le silence. Face à sa mère, il est émut. Cela fait treize ans qu’il ne l’avait pas revue.

« J’écoute, tu disais au téléphone avoir des réponses à mes questions. Je veux tout savoir en détails. »

« Ne veux-tu pas commander, d’abord ? »

« Tu cherches à gagner du temps, c’est ça ? Soit. « SERVEUR » cria Jaebeom. »

Quelques secondes plus tard, des bruits se rapprochent de leur table.

« Bonjour, puis-je prendre votre commande s’il vous plaît ? s’interroge la serveuse. »

« Bonsoir, j’vais vous prendre un.. »

« Oh mon dieu JB c’est toi ! Euh… Est-ce que… je peux… Ah ! Je n’arrive pas à y croire.. JB dans mon café… J’peux avoir une photo ? »

Non, par contre tu peux prendre ma commande. Je souhaite une Americano avec beaucoup de glaçons et pareillement pour ma mère. Merci. 

Jaebeom remet froidement à la serveuse le carte des menus du café. Son visage est tellement expressif que cette dernière comprend rapidement qu’elle ne doit plus se faire remarquer. Vexée, elle repart sans un mot.

« Jaebeomi, ce n’est pas comme ça que l’on s’adresse aux femmes, tu le sais bien. »

« Je t’ai déjà dit de ne plus m’appeler comme ça. Les commandes sont passées. J’attends tes explications. « 

« Il y a treize ans, ton père et moi vivions une mauvaise passe. Il travaillait beaucoup et rencontrait énormément de stresse lié au poste qu’il occupait. Le soir, lorsqu’il rencontrait à la maison. Il était très irritable et fatigué. Alors il buvait. Tous les soirs, ton père buvait et ne me prêtait quasiment plus aucune attention. Je m’occupais seule de toi et je n’en pouvais plus de me sentir bloquée dans mon rôle de mère. Ton père ne me regardait plus, ne me désirait plus et ne me parlais plus. Je me sentais vraiment seule voire invisible. Au départ, j’ai été beaucoup affecté par son comportement. Le fait qu’il m’ignorait et se fichait complètement de moi me brisait le coeur. Je souffrais énormément et pleurais  une fois le nuit tombée. Je n’étais plus heureuse. Peu à peu mes sentiments pour lui ont commencé à se transformer en haine. J’avais sacrifié ma vie pour lui, je lui ai donné un fils et voilà comment il me traitait, me remerciait. J’étais malheureuse, je commençais à perdre confiance en moi. Je manquais d’amour et de reconnaissance. Jaebeom, sache qu’il n’y a rien de plus pour une femme que d’être ignorée et délaissée. Plus les mois passaient et plus ma haine s’est immiscée et installée dans notre couple. Peu à peu, j’ai commencé à remarquer que je plaisais aux hommes et qu’ils me désiraient. J’ai donc compris que je n’étais pas le problème mais que seul ton père l’était. J’ai donc repris goût à la vie. Tu sais que j’ai toujours aimé me faire belle. Mais avec ton père, je sentais que je me laissais aller et que je devais l’ombre de moi-même. Tu comprends ? Je devais agir, je n’avais pas le choix. En voyant tous ces hommes me courir après et me faire la cour. Certaines idées, dans ma tête, ont vu le jour. Étant donné que j’avais besoin de me sentir femme à nouveau, j’ai commencé à m’imaginer dans les bras d’un autre. Au départ, je n’envisageais pas de tromper de père. Je voulais simplement être courtiser et apprécier. Je ne recherchais que de la validation auprès de la gente masculine. J’ai donc pris des verres avec des hommes puis je suis allée au restaurant avec certains d’autres eux. Parmi, il y en avait un qui me plaisait énormément. Il s’appelait Sun-oh. Il était beau, grand et avait une très bonne situation financière. Il savait que j’étais mère d’un petit garçon. Je lui parlais souvent de toi, à chaque fois, je ne manquais pas de lui montrer des photos de toi.  Il savait que tu étais tout pour moi. Sun-oh était un homme très jaloux et possessive. Avec lui, je me sentais femme, belle et désirée. J’étais enthousiasmée par sa virilité, sa voix et sa capacité financière. Il me faisait voyageait, m’accordait du temps et m’écoutait. Ensemble nous étions heureux.  Notre idylle s’est intensifié au bout de plusieurs moi. Contrairement à moi, lui, n’avait pas d’enfant et en désirait un. J’ai donc songé à divorcer de ton père pour nous vivions ensemble mais Sun-oh a refusé. Il ne souhaitait pas d’une famille recomposée. C’est à ce moment là que les disputes ont com… »

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« Voici vos boissons. » s’exprime la serveuse avant de s’éclipser.

Kim surprise par l’intervention de la serveuse perd le file de son histoire. Elle se racle la gorge puis reprend.

« Je disais que c’est à ce moment là que les disputes ont commencées. Il disait vouloir une famille avoir évidement que je voulais qu’il devienne ton beau-père. Mais lui ne voyait pas les choses de cette oreille. Il ne croyait pas en les familles recomposées. Bien qu’il avait 45 ans, il était toujours sur l’emprise de sa mère. Sa mère elle était contre de ce genre de pratique. Il avait promis de m’épouser et de me rendre heureuse. Et moi, je ne souhaite qu’une chose : ton bonheur.  J’ai donc insisté pour que vous vivions à trois car j’étais convaincu avec un peu  d’acharnement qu’il finirait par céder. Mais cela n’a pas été le cas. Au contraire, notre relation s’est nettement dégradée. Lui aussi à commencer à ne plus me regarder. Il se désintéressait de moi. Quand nous étions ensemble, je remarquais que son téléphone vibrait plus qu’habitude. Lors de nos échanges, son regard était vide et ses réponses évasives. C’est delà que mon obsession pour lui est née. Je ne me voyais pas souffrir à nouveau comme j’avais souffert pour ton père. J’étais enfin heureuse et je ne voulais pas prendre ce bonheur naissant.  Alors, un soir, j’ai pris mon courage à deux mains. Je lui demandé ce que je devais faire pour qu’il m’aime à nouveau comme début. Il m’a donc annoncé que je devais quitter la vivre s’installer au Japon, là où il a été promu Président d’une grande société. »

 » Pendant treize ans tu étais au Japon ?! » s’exclame Jaebeom, choqué par cat révélation.

« Comprends moi, je devais penser à moi. Ton père m’avait souffrir et je ne supportais plus d’être mère. Ce rôle commençait à être un fardeau ».

« J’étais un fardeau pour toi ? »

« Ce n’est pas ce que je veux dire, tu déformes tout. Je dis simplement qu’être mère n devrait pas rimer avec sacrifie, abandon de soi et malheur. J’avais besoin de vivre. »

« Tu voulais vivre d’amour et d’eau fraîche, c’est ça ? »

« Exactement Jaebeomi.  Tu es bien mon fils, toi. Tu me comprends, tu n’es pas comme ton père. J’avais besoin de vivre d’amour et d’eau fraîche. Ah, j’adore cette expression, elle me représente tellement bien. Sur un coup de tête, j’ai décidé de tout plaquer. Je voulais faire souffrir ton père. Je voulais qu’il sache et qu’il ressente le mal qu’il m’avait pas subir et endurer pendant tout ce temps. Ton père, je voulais qu’il souffre. Je savais que l’abandonner comme il m’avait abandonner moi l’aurait fait souffrir. »

« Et moi ? Est-ce que tu savais que m’abandonner moi me ferait souffrir ? »

« C’est vrai que tu n’avais que treize ans. Mais déjà à cet âge, tu étais un dur à cuir. Je savais que quoi qu’il arrive, tu t’en remettrais. Tu as toujours été brave et fort mentalement. Souviens-toi à l’école, tu étais le premier à te battre ou à tenir tête à ton père à la maison. Je savais que tu t’en sortirais. »

« Ah. » répond-il froidement

« Après avoir annoncé à ton père que je m’en allais vivre au Japon avec un autre homme, j’ai demandé le divorce mais il n’a jamais voulu signer les papiers. Je m’en fichais parce que j’avais déjà prise ma décision. Une fois au Japon, Sun-oh a tenu sa promesse et  et m’a épousé. »

« Ne me dis pas que j’ai un demi-frère. »

« Non, pas du tout Jaebeom, tu as une demi-soeur. Elle s’appelle Sumi. »

Prit d’une rage folle Jaebeom se leva brusquement de sa chaise et reversa au sol les deux boissons apportées par la serveuse. Il n’arrivait pas à croire à que sa mère ait pu agir de manière si égoïste et cruelle vis-à-vis de lui. Il prit sa doudoune et sorti du café en écrasant la porte d’entrée contre le mur.  Kim, elle était sidérée. Elle compris, La vérité est une arme sanglante aussi tranchante que les mots.

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